À l'heure actuelle, une culture de l’erreur efficace est importante dans tous les secteurs d'activités. Elle gagne en importance dans les entreprises liées à l'informatique, où le savoir-faire et les compétences fondent le travail.

Il est presque impossible d'éviter les échecs dans le cadre de grands projets et de produits complexes, dont certains sont développés par de grandes équipes, interdisciplinaires et parfois réparties dans le monde entier. Une culture de l’erreur efficace et qui considère que l'identification des échecs est positive, crée une atmosphère de confiance pour toutes les personnes impliquées (collaborateurs et supérieurs). C'est la base de l'innovation et d'un travail d'équipe réussi.

indices d'un manque de culture de l'erreur.

Dans mon travail de Scrum Master et de Coach Agile, j'ai approché de nombreux clients, départements et projets, dans une grande variété de secteurs d'activité. Dans ce qui suit, je voudrais décrire quelques indices qui, selon mon expérience, tendent à indiquer une culture de l'erreur lacunaire.

débriefings lénifiants.

Au moment du débriefing, chacun des membres de l'équipe appose ses notes autocollantes sur le mur. On y lit : "super équipe", "bon résultat de sprint". Après 15 minutes, tout le monde dans l'équipe se tape dans le dos et décide qu'aucune autre action n'est nécessaire, car l'équipe est déjà parfaitement sur la bonne voie.

Cette situation s'avère souvent trompeuse, car les vrais problèmes peuvent ne pas être abordés en raison de la peur ou des lignes de force hiérarchiques perçues. Une autre question est de savoir si l'équipe a été suffisamment attentive pendant le sprint pour être en mesure d'identifier les erreurs en priorité, puisque celles-ci sont perçues comme un élément négatif.

verba volant, scripta manent.

La documentation des résultats fait partie du travail quotidien des professionnels. L'objectif est de s'assurer que les connaissances et les décisions sont transparentes et compréhensibles pour les autres membres de l'équipe plus tard, et que les choses importantes ne sont pas oubliées.

Dans les entreprises sans culture de l'erreur bien établie, cette motivation passe rapidement à l'arrière-plan. Dans de telles organisations, il s'agit plus de se couvrir face au processus de sanctions à venir et de faire bonne figure auprès du supérieur hiérarchique. En français, il y a un vieil adage qui dit : "Les paroles s'envolent, les écrits restent".

la culture de l'erreur comme base de la transformation agile et de l'innovation.

Presque toutes les entreprises technologiques effectuent actuellement une transformation agile. Malheureusement, l'accent est trop souvent mis sur la définition et l'adaptation des processus, des organigrammes et des rôles. L'état d'esprit agile souvent cité est négligé. Or, c'est précisément cet état d'esprit qui donne leur efficacité aux différents contextes, processus et approches agiles. Cela inclut également une culture de l’erreur qui fonctionne bien, non seulement dans les équipes de développement, mais dans tous les domaines de l'organisation. Dans ce qui suit, nous examinerons certains aspects de l'agilité et comment ils se rapportent à la culture de l’erreur de l'organisation.

inspecter et adapter.

Les entreprises qui n'ont jamais pratiqué une culture de l’erreur efficace auront du mal avec la transparence d'un débriefing ou d'un audit. Les collaborateurs ne sont pas conscients que chaque problème identifié offre une opportunité d'amélioration – ou pire encore : ils occultent ce fait. Le paradigme "inspecter et adapter" ne peut pas fonctionner dans de telles entreprises ou équipes. Celles-ci préservent le statu quo et gaspillent leur propre potentiel, de peur d'être sanctionnées pour leurs erreurs.

2 men and a woman standing around a desk.

esprit d'équipe et auto-organisation.

Si une équipe manque de confiance interne et n'adopte pas une attitude saine face aux erreurs, la méfiance réciproque y devient constante. La tête des personnes est pleine de listes de contrôle qui énumèrent qui a fait le plus d'erreurs, et les gens y sont réduits à cet aspect. Après tout, il faut bien qu'un membre de l'équipe soit le plus fort.

Une attitude aussi primaire envers les collègues et leurs erreurs tue dans l'œuf toute possibilité d'auto-organisation. Chacun doit être conscient de ses propres forces et faiblesses et partager ses connaissances avec l'équipe. De cette façon, les tâches peuvent être réparties de manière ciblée au sein de l'équipe et les lacunes de connaissances peuvent être comblées, afin de former à terme une équipe puissante capable de développer un produit et prête à relever les défis à venir.

assurance qualité.

Dans les projets agiles, la qualité des résultats du travail a toujours une très haute importance. Elle prend par exemple la forme de la programmation en binôme ou des tests automatisés. Cependant, les équipes de développement dans lesquelles aucune culture de l’erreur efficace n'a été établie peinent à intégrer cet aspect. Aucun des développeurs ne veut que quelqu'un d'autre découvre leur "code smell" ou leurs erreurs possibles. Chacun fait son travail de développement pour lui-même, sans filet de sécurité. Dans l'ensemble, cela augmente le risque d'erreur et de mauvaise qualité de l'application. Et à la fin, c'est le client qui va se plaindre.

conséquences économiques.

Les situations et les conséquences de l'absence d'une culture de l’erreur efficace décrites ci-dessus ne sont, bien entendu, que des exemples. Cependant, ces situations conduisent toutes à un travail inefficace, ce qui, bien sûr, affecte également la rentabilité de l'entreprise.

Un autre aspect est la baisse de motivation des collaborateurs. Une atmosphère de peur entraîne un turnover important. Dans l'industrie informatique en particulier, où des collaborateurs hautement spécialisés sont nécessaires, la perte d'un membre du personnel et de son savoir-faire coûte très cher à l'entreprise.

établir une culture de l'échec positive.

La question est de savoir comment établir une culture de l’erreur efficace dans une équipe ou une organisation. Je ne peux pas présenter une recette standard. Cependant, je voudrais donner quelques suggestions et un aperçu issu d'un autre secteur d'activité.

culture de l'erreur dans l'industrie aéronautique.

En 1977, l'une des plus grandes catastrophes du secteur aérien s'est produite à l'aéroport de Ténérife avec 583 décès. Cette catastrophe aurait pu être évitée si le pilote avait pris au sérieux les inquiétudes de son collègue dans le cockpit.

L'industrie aéronautique a réagi dans les années qui ont suivi et de nombreuses compagnies aériennes ont introduit la Crew Resource Management (CRM). Celle-ci est conçue pour former l'équipage à détecter les erreurs à un stade précoce, à communiquer ouvertement, à les accepter comme rétroaction et à les résoudre en équipe. Cela comprend, par exemple, l'observation mutuelle et le retour d'informations ou une planification de vol conjointe et détaillée.

méthodes et outils agile.

Si vous regardez de plus près les concepts du CRM, vous verrez des parallèles avec des idées et des méthodes du monde du travail Agile.

L'observation bidirectionnelle, dans le but d'apporter un retour d'expérience, se manifeste dans les équipes de développement, par exemple, dans les revues de code ou la programmation en binôme, dans le but d'identifier au plus tôt les défaillances et de favoriser le transfert de savoir-faire.
Dans Scrum, la planification conjointe des tâches a lieu lors du Sprint Planning et du Daily. L'accent est toujours mis sur l'objectif et le soutien mutuel.

Bien sûr, une multitude d'autres parallèles peuvent être soulignés ici. Cependant, il est plus important de reconnaître que nous avons fondamentalement déjà de nombreux outils dans le contexte Agile, poursuivant les mêmes objectifs et concepts qu'un CRM. Afin d'atteindre notre objectif, à savoir  instaurer une culture de l'erreur efficace, ils doivent bien sûr être utilisés et établis correctement.

la culture de l'échec comme tâche d'encadrement.

L'encadrement a également un rôle crucial à jouer. Un collaborateur doit être certain qu'un échec n'aura pas de conséquences disciplinaires. Cela nécessite une bonne relation de confiance entre le cadre et le collaborateur. Construire un tel lien n'est pas facile. Cependant, une bonne approche consiste à rechercher la proximité personnelle, par exemple lors d'un repas partagé ou à la machine à café.

Chacun doit toujours être convaincu que chaque collaborateur a fait de son mieux, au vu des circonstances données et des ressources disponibles (première directive pour les débriefings). Les collaborateurs et les cadres doivent toujours agir en conséquence et se concentrer sur l'apprentissage à tirer des erreurs.

raconter des histoires.

Le format Fuckup Night est très populaire. Ici, des personnalités telles que le fondateur de Zalando parlent de leurs échecs personnels, de la façon dont ils les ont traités et des enseignements qu'ils en ont tirés. Le message est que tout le monde fait des erreurs mais qu'il est important d'y réfléchir et d'en tirer des leçons.

De tels formats peuvent être mis en œuvre à grande ou à petite échelle, que ce soit au niveau de l'entreprise ou autour d'une tasse de café. Si les cadres et les administrateurs rendent également compte de leurs expériences (parce qu'ils font aussi des erreurs), c'est certainement le début d'une nouvelle culture d'entreprise.

la culture de l’erreur, c'est en rire après coup.

Une culture de l’erreur efficace est un pilier de soutien important pour une entreprise prospère aujourd'hui. C'est la base d'une collaboration collégiale, d'un bon esprit d'équipe et, last but not least, de la réussite économique de l'entreprise.

Dans le même temps, établir une culture de l’erreur aussi efficace dans les organisations déjà existantes est une tâche complexe. Pour ce faire, les structures et les schémas de pensées anciens, habituels et incrustés doivent être brisés et de nouveaux doivent être établis. Les modèles de gestion du changement, comme le stage model de John P. Kotter, nous aident à appréhender leur mise en place comme un processus et nous fournissent des méthodes pour mener à bien ce changement.

Les entreprises qui franchiront ce pas, continueront cependant à gagner en attrait en tant qu'employeurs et à faire preuve de la force d'innovation nécessaire que le futur marché exigera d'elles, tout en s'amusant.